
Au-dessus de Bozel et de Tincave, la forêt domaniale du Mont Jovet paraît aujourd’hui calme et accueillante. Le sentier traverse les épicéas, longe des ravins et rejoint progressivement les alpages. Pourtant, derrière ce paysage paisible se cache une histoire beaucoup plus impressionnante.
Cette forêt fait partie des espaces de Restauration des terrains en montagne, souvent désignés par l’abréviation RTM. Elle a été constituée pour limiter l’érosion des versants et contribuer à protéger Bozel et les villages voisins contre les crues torrentielles et les coulées de boue.
Pour comprendre cette mission, il faut revenir au 16 juillet 1904, lorsque le Bonrieu, gonflé par un violent orage sur le Mont Jovet, se transforma en une puissante lave torrentielle. En quelques minutes, une partie de Bozel fut ensevelie sous la boue, les troncs et les rochers.
Cette histoire locale offre une sortie passionnante à vivre en famille. Elle permet de parler de nature, de risques en montagne, de mémoire, de forêt et d’animaux sauvages.
Profils famille : Découverte, Contemplative et Aventurière
| Saison : Été
| Secteur : Forêt domaniale du Mont Jovet, au-dessus de Bozel
| Thème : Nature et histoire locale
Une forêt RTM, qu’est-ce que cela signifie ?
RTM signifie Restauration des terrains en montagne.
À partir du XIXe siècle, l’État français a engagé de grands travaux dans les Alpes pour restaurer des versants dégradés, réduire l’érosion et limiter les dégâts provoqués par les torrents. Ces opérations pouvaient associer :
- l’acquisition de terrains fragiles ;
- le reboisement des pentes ;
- le drainage de certaines zones ;
- la stabilisation des ravins ;
- la construction de barrages dans les torrents ;
- l’entretien et la surveillance des ouvrages.

D’après le panneau installé sur place, la forêt domaniale RTM du Mont Jovet a été constituée entre 1892 et 1922. Sa création a donc commencé avant la catastrophe de 1904 et s’est poursuivie après celle-ci.
La fiche d’aménagement de l’Office national des forêts indique une surface gérée de 268,54 hectares, dont environ 80 hectares boisés. Le reste comprend surtout des pelouses d’altitude, des alpages, des rochers, des éboulis et des couloirs naturels. Le panneau, lui, arrondit ce chiffre à 269 hectares répartis sur deux massifs.
La forêt s’étend sur un dénivelé exceptionnel, depuis environ 910 mètres jusqu’à 2 594 mètres d’altitude. Cette amplitude explique la grande diversité des paysages rencontrés.
Le Bonrieu, un torrent étroitement lié à l’histoire de Bozel
Le Bonrieu descend du massif du Mont Jovet avant de traverser Bozel et de rejoindre le Doron.
La plupart du temps, il ressemble à un torrent de montagne relativement contenu. Mais son bassin versant est raide, creusé dans des terrains sensibles à l’érosion. Lors d’un orage intense, l’eau peut se concentrer rapidement dans les ravins et emporter de grandes quantités de terre, de bois et de rochers.

Les archives communales mentionnent plusieurs crues anciennes. Des épisodes importants sont signalés en 1270, 1630, 1666, 1743, 1834 et 1837. Certaines de ces crues ont rompu des digues, envahi les habitations ou menacé l’église.
Mais l’événement qui a le plus profondément marqué la mémoire de Bozel reste celui de 1904.
16 juillet 1904 : le jour où le Bonrieu dévasta Bozel
Le samedi 16 juillet 1904, entre 19 heures et 21 heures, un violent orage éclata sur le secteur du Mont Jovet.
Dans la partie haute du bassin versant, l’eau arracha des matériaux aux pentes. Une partie se déposa temporairement sous le hameau du Praz. Plus bas, les eaux reprirent de la vitesse et se chargèrent de boue, de troncs d’arbres et de blocs rocheux.
Le Bonrieu se transforma en une lave torrentielle.
Cette expression ne désigne pas de la lave volcanique. Une lave torrentielle est un mélange très dense d’eau et de matériaux solides. Elle peut transporter de la boue, des pierres, des arbres et des blocs de grande taille. Sa force destructrice est souvent bien supérieure à celle d’une simple montée des eaux.
En quelques minutes, la coulée emporta ou obstrua les ponts, éventra des maisons et recouvrit les rues, les jardins et les champs de Bozel.
| Victimes | 11 personnes |
|---|---|
| Maisons détruites | Plus de 20 |
| Ponts ruinés | 3 |
| Bâtiments touchés | Église, Hôpital des Alpes, granges et moulins |
| Matériaux transportés | Boue, troncs, terres et blocs rocheux |
La boue pénétra dans l’église sur environ un mètre de hauteur. Une partie de l’Hôpital des Alpes, des granges et des moulins fut rasée. Onze habitants, surpris dans leur demeure, perdirent la vie.

Le lendemain, le village était méconnaissable. Des militaires furent envoyés pour participer au déblaiement. Une loi du 29 décembre 1904 ouvrit également un crédit exceptionnel de 50 000 francs pour venir en aide aux victimes.
Comment un torrent devient-il une lave torrentielle ?
Lors d’un gros orage, plusieurs phénomènes peuvent se produire presque simultanément.
L’eau ruisselle très vite
Sur un versant raide, l’eau descend rapidement vers les ravins. Lorsque le sol est déjà saturé ou peu perméable, une part importante de la pluie reste en surface.
Les matériaux sont arrachés
L’écoulement emporte de la terre, du sable, des pierres et parfois des arbres entiers. Plus la pente est forte, plus la capacité de transport augmente.
Des embâcles peuvent se former
Les troncs et les blocs peuvent s’accumuler contre un pont ou dans un passage étroit. Ils forment alors un barrage provisoire appelé embâcle.
Le barrage naturel peut céder brutalement
Lorsque l’embâcle cède, l’eau et les matériaux accumulés sont libérés sous la forme d’une vague très puissante. C’est cette combinaison d’eau, de boue, de bois et de rochers qui rend les crues torrentielles particulièrement dangereuses.
Le phénomène peut être brutal et laisser peu de temps pour réagir. C’est pourquoi il ne faut jamais rester dans le lit d’un torrent ou près d’un ravin lorsqu’un orage menace en montagne.
Après 1904 : barrages, digues et reboisement
La catastrophe accéléra les travaux de correction du Bonrieu.
Selon le Plan d’indexation en Z réalisé par le service RTM de la Savoie, 34 barrages furent construits entre 1906 et les années 1930, entre environ 900 et 1 200 mètres d’altitude.
Ces ouvrages ne sont pas de grands barrages destinés à produire de l’électricité. Ils sont installés en travers du torrent afin de :
- stabiliser son profil ;
- réduire l’érosion du fond et des berges ;
- limiter le déchaussement de gros blocs ;
- ralentir le transport des matériaux ;
- favoriser leur dépôt avant l’arrivée dans Bozel.
Le Bonrieu a également été endigué dans sa traversée du village. Des opérations de reboisement et de drainage ont été réalisées dans le bassin versant.
Le document RTM apporte toutefois une nuance importante : les barrages de la partie basse sont considérés comme très efficaces pour stabiliser le torrent et réduire le risque de mobilisation de gros blocs. En revanche, le reboisement et le drainage ont une efficacité plus limitée sur certaines zones érodables de la partie supérieure.
La forêt joue donc un rôle utile, mais elle ne doit pas être présentée comme une protection suffisante à elle seule. La sécurité repose sur l’association de la forêt, des ouvrages, de l’entretien et de la connaissance du risque.
Le Bonrieu a encore donné des alertes
D’autres événements ont touché le secteur après 1904.
Le 23 août 1932, une nouvelle lave torrentielle se forma dans les terrains altérés du bassin du ruisseau du Jovet. Les matériaux se déposèrent en partie sur le replat des Perrières et au niveau des barrages situés en amont de Bozel.
Le 15 mai 1936, une fonte brutale de la neige sur le Mont Jovet provoqua une forte montée du Bonrieu. Une portion de digue s’effondra, mais des travaux rapides évitèrent finalement l’inondation du bourg.
Le 16 mai 1980, un éboulement dans le secteur de la Touvière entraîna une coulée de boue jusqu’au Doron et emporta une partie de la route forestière reliant Tincave à Mirabozon.
Ces événements rappellent que la montagne continue d’évoluer, même lorsque les paysages semblent stables.
Une forêt qui change complètement avec l’altitude
La forêt domaniale du Mont Jovet traverse plusieurs étages de végétation.
Près de la vallée
Dans les parties les plus basses, les feuillus sont davantage présents. Le climat y est plus doux et les sols diffèrent de ceux des zones d’altitude.
Le domaine de l’épicéa
En montant, l’épicéa devient largement dominant. La fiche de l’ONF indique qu’il représente environ 91 % de la surface boisée, devant le mélèze, le pin sylvestre, le pin à crochets et quelques autres feuillus.
Les alpages
Plus haut, la forêt devient moins dense et laisse place aux pelouses d’altitude et aux pâturages. En été, ces espaces sont utilisés par les troupeaux.

Les crêtes et les secteurs rocheux
Au-dessus de la limite forestière, le paysage devient plus minéral. Les rochers, les éboulis et les crêtes dominent. Le sommet du Mont Jovet atteint environ 2 558 mètres, tandis que le Roc du Bécoin culmine à 2 594 mètres.
Cette diversité rend le secteur intéressant pour expliquer aux enfants pourquoi les arbres, les plantes et les paysages changent avec l’altitude.
Quels animaux peut-on réellement observer autour de Tincave ?
Le panneau de l’ONF présente la forêt du Mont Jovet comme « une aubaine pour la faune de montagne » et cite le tétras-lyre, le chamois et le mouflon parmi les espèces du massif.
Ces espèces fréquentent effectivement de larges secteurs d’altitude. Mais pour rester fidèles à ce que nous constatons réellement, nous ne présenterons pas le chamois comme un animal facilement visible autour de Tincave.
Dans les forêts que nous parcourons, nos observations concernent surtout :
- les cerfs ;
- les biches ;
- les chevreuils ;
- les sangliers.
Le cerf, la biche et le chevreuil appartiennent à la famille des cervidés. Le sanglier appartient à la famille des suidés.
Voir un animal n’est jamais garanti. Il est souvent plus facile d’identifier les traces de son passage :
- empreintes dans la boue ;
- coulées ou petits passages dans la végétation ;
- terre retournée par les sangliers ;
- écorces frottées ;
- poils accrochés aux branches ;
- déjections.
Les meilleures chances d’observation se situent généralement tôt le matin ou en fin de journée, lorsque la forêt est calme. Il faut rester discret, conserver ses distances et ne jamais poursuivre un animal.
Si l’observation de la faune vous intéresse particulièrement, nous avons consacré un article complet à l’observation des marmottes autour de Bozel et en Vanoise.
Trois façons de découvrir le secteur en famille
L’intérêt du Mont Jovet est de pouvoir adapter la sortie au niveau et aux envies de chacun.

Pour la famille contemplative
L’objectif n’est pas de rejoindre le sommet, mais de prendre le temps de regarder.
Une sortie contemplative peut s’organiser autour de la lecture du panneau, d’une promenade forestière courte et d’une observation du paysage. Les enfants peuvent écouter le torrent, comparer les arbres et rechercher des indices laissés par les animaux.
Il faut sélectionner à l’avance un parcours court et adapté : tous les chemins du Mont Jovet ne sont pas de simples promenades. Nos idées d’activités contemplatives autour de Tincave et Bozel peuvent vous aider à composer une journée douce.
Pour la famille découverte
La sortie peut devenir une véritable enquête sur la montagne. Quelques idées de missions :
- comprendre ce que signifie RTM ;
- expliquer avec ses propres mots une lave torrentielle ;
- reconnaître un épicéa ;
- chercher une empreinte de cervidé ou de sanglier ;
- observer un ouvrage construit dans un torrent ;
- comparer l’ancienne photographie de 1904 avec Bozel aujourd’hui.
Cette approche associe histoire, sciences naturelles et mémoire locale sans transformer la promenade en cours scolaire.
Pour la famille aventurière
Les familles entraînées peuvent prolonger l’exploration vers le refuge, le sommet ou les crêtes du Mont Jovet.
L’itinéraire officiel depuis La Cour traverse la forêt, rejoint les alpages puis le refuge du Mont Jovet. Il est possible de poursuivre jusqu’au sommet à 2 558 mètres et d’emprunter les crêtes vers le Pas des Brebis et le Roc du Bécoin.

Le même secteur est accessible depuis Tincave, mais il s’agit alors d’une randonnée longue, sportive et parfois aérienne. Elle ne convient pas à de jeunes enfants ni aux personnes sujettes au vertige.
Avant de partir, il faut vérifier la météo, l’enneigement, l’état des chemins et les informations de l’Office de tourisme. Si vous débutez en randonnée avec des enfants, commencez plutôt par nos itinéraires de randonnée pour débutants autour de Bozel.

Adapter la sortie au temps dont vous disposez
| Temps disponible | Idée de découverte |
|---|---|
| Une heure ou deux | Lecture du paysage et promenade courte en forêt |
| Une demi-journée | Forêt, traces d’animaux et histoire du Bonrieu |
| Une journée | Montée vers les alpages ou un point de vue adapté au groupe |
| Une sortie sportive | Refuge, sommet ou crêtes, pour les marcheurs entraînés |
Nous ne donnons volontairement pas de distance ni de temps de marche précis pour ce secteur : nous publierons une fiche détaillée lorsque nous aurons parcouru et enregistré nous-mêmes l’itinéraire. En attendant, appuyez-vous sur les topos de l’Office de tourisme et sur une carte à jour.
Le refuge du Mont Jovet, un objectif chargé d’histoire
Le refuge du Mont Jovet possède lui aussi une longue histoire.
Le 24 août 1889, le maire de Bozel présenta au conseil municipal un projet de chalet-refuge sur la montagne du Petit-Rey. Les travaux furent achevés exactement un an plus tard, le 24 août 1890.


Aujourd’hui, le refuge constitue un objectif apprécié des randonneurs. Les dates d’ouverture, la restauration et les possibilités de nuitée varient selon la saison : consultez le site officiel du refuge du Mont Jovet avant le départ.
Si l’idée d’une randonnée avec une belle récompense à l’arrivée vous plaît, découvrez aussi notre randonnée familiale au Refuge du Roc et à l’alpage du Ritord.
Nos conseils de sécurité
Avant toute sortie dans le secteur :
- consultez la météo ;
- renoncez en cas d’orage annoncé ;
- ne restez pas dans le lit d’un torrent ;
- choisissez le parcours selon le plus jeune ou le moins entraîné ;
- prévoyez de l’eau, une protection solaire, une couche chaude et une veste ;
- portez de bonnes chaussures ;
- restez sur les chemins balisés ;
- respectez les troupeaux et refermez les clôtures ;
- gardez les chiens sous contrôle ;
- observez les animaux sans les approcher.
En montagne, faire demi-tour n’est pas un échec. C’est parfois la meilleure décision de la journée.
Pourquoi cette histoire mérite d’être racontée
La forêt du Mont Jovet ne se résume pas à un décor de randonnée.
Elle raconte le rapport entre les habitants et une montagne aussi belle que puissante. Elle rappelle la catastrophe du 16 juillet 1904, les onze victimes et les efforts entrepris depuis plus d’un siècle pour protéger Bozel.
Elle permet également de montrer aux enfants que les forêts, les torrents et les barrages font partie d’un même paysage. Chacun joue un rôle différent.
Que l’on soit une famille contemplative, curieuse ou aventurière, cette découverte transmet un message simple : la montagne mérite notre admiration, mais aussi notre respect.
Questions fréquentes
Quand a eu lieu la catastrophe de Bozel ?
La catastrophe s’est produite dans la soirée du 16 juillet 1904. Un violent orage sur le Mont Jovet transforma le Bonrieu en lave torrentielle.
Quel fut le bilan de la catastrophe de 1904 ?
Onze personnes perdirent la vie. Plus de vingt maisons et trois ponts furent détruits ou ruinés. L’église, l’Hôpital des Alpes, des granges et des moulins furent également touchés.
Que signifie RTM ?
RTM signifie « Restauration des terrains en montagne ». Cette politique associe notamment reboisement, drainage, correction des torrents et construction d’ouvrages de protection.
Combien de barrages ont été construits sur le Bonrieu ?
Le document du service RTM mentionne 34 barrages réalisés entre 1906 et les années 1930, principalement entre 900 et 1 200 mètres d’altitude.
Peut-on découvrir le Mont Jovet avec des enfants ?
Oui, à condition de choisir une promenade adaptée. Les sorties courtes en forêt peuvent convenir aux familles, mais le refuge, le sommet et les crêtes demandent un bon niveau de marche.
Quels animaux peut-on observer autour de Tincave ?
Nos observations concernent surtout les cerfs, les biches, les chevreuils et les sangliers. Leur présence ne garantit jamais une observation.
Peut-on partir de Tincave vers le Mont Jovet ?
Oui, des itinéraires rejoignent le secteur depuis Tincave. Les grandes boucles sont longues et sportives. Elles doivent être préparées avec une carte, une météo favorable et des informations à jour.
Pour prolonger la découverte
Retrouvez sur Ma Passion Montagne nos autres idées de sorties familiales autour de Bozel, de Tincave et du Parc national de la Vanoise :
- Que faire à Bozel l’été : notre guide complet
- Randonnée débutant à Bozel : nos itinéraires en Vanoise
- Randonnée au Refuge du Roc et à l’alpage du Ritord
- Observer les marmottes autour de Bozel
- La Galerie Hydraulica au Planay
- Que faire à Bozel quand il pleut ?
Vous ne savez pas quel type de sortie correspond à votre famille ? Faites le test : quelle famille êtes-vous ?

Sources principales
- Mairie de Bozel — Histoire de la commune et catastrophe de 1904.
- Service RTM de la Savoie — Plan d’indexation en Z de la commune de Bozel, mai 2011.
- Office national des forêts — Fiche d’aménagement de la forêt domaniale RTM du Mont Jovet.
- Office de tourisme de la Vallée de Bozel — Sentier des crêtes du Mont Jovet.
- Refuge du Mont Jovet — Histoire officielle du refuge.
- Wikimedia Commons — Carte postale de Bozel après la catastrophe, domaine public.
Dernière vérification documentaire : août 2026. Les informations pratiques (ouverture du refuge, état des sentiers) évoluent : vérifiez-les auprès des sources officielles avant votre départ.
